Solo show | Pierre Dumaire
Exposition
21.02.2026 — 28.03.2026
L'Heure fauve
Vernissage
21.02.2026 — 14h à 20h
DS Galerie a le plaisir d’annoncer “L’Heure fauve”, la première exposition personnelle de l’artiste Pierre Dumaire à la galerie, selon un commissariat de Kévin Le Squer, Responsable des expositions et commissaire hors-les-murs à la Fondation Carmignac. Le vernissage, en présence de l’artiste et du commissaire, aura lieu le samedi 21.02.2026 de 14h à 20h.
“Allongé sur l’herbe, le faune s’éveille, ne sachant plus s’il a rêvé ou non ce moment d’extase avec les nymphes.
Dans une chambre, sous le regard d’icônes punaisées au mur, les va-et-vient d’une main adolescente révèlent une identité sexuelle encore timide.
Sous l’œil de la caméra, le papier peint fleuri des années 70 rougit pudiquement devant une scène pornographique homosexuelle, tandis qu’au loin, la forêt, elle, devient le cocon intime de deux hommes enlacés après l’amour.
“L’Heure fauve” est la première exposition personnelle de Pierre Dumaire, entremêlant intimité de la chambre, fantasme adolescent et lieux de cruising en pleine nature. Nourrie par le cinéma pornographique gay des années 1980 et par l’aura sensuelle du faune interprété par Noureev(1) — deux thèmes qui habitent l’œuvre de l’artiste — l’exposition sonde la dualité des corps entre poésie et bestialité. Ici, le temps est suspendu, les images ondulent sur le tissu, les hommes deviennent des souvenirs vagues et les représentations de la nature envahissent l’espace de la galerie.
La première toile qui apparaît est celle d’un cygne blanc sur un lac, peinte d’après une photographie de l’artiste prise sur l’île de Donauinsel(2). L’oiseau se fait l’écho d’un après-midi de flirts, de rencontres et de baise, tandis que la courbe de son long cou rappelle un sexe d’homme. Dans les représentations occidentales, le cygne blanc est un symbole de beauté, d’amour et de sensualité. Il évoque le mythe de Léda, reine séduite par Zeus métamorphosé en l’animal, ou encore le conte de Hans Christian Andersen(3), qui relate l’histoire d’une sœur cherchant à délivrer ses onze frères changés en cygnes. Dans ce dernier, la nature est sans pareille : la forêt sombre se fait protectrice, la mer initiatique, les plantes réparatrices et les crépuscules, transformateurs.
Ce temps de la métamorphose, entre jour et nuit, infuse l’exposition jusqu’à lui en donner son titre. L’heure fauve devient ce moment entre rêve et réalité qui libère les fantasmes et permet de se révéler à soi-même ; un moment chatoyant où l’homme et l’animal se confondent à l’image du faune, figure fantomatique et pourtant tutélaire dans l’exposition.
La nature prend le pas sur le souvenir de la chair tout en s’en faisant le témoin, comme dans les deux toiles tirées du film pornographique gay Le Beau Mec (1979) de Wallace Potts. Dans ces peintures, l’œil épie, derrière la forêt dense et enveloppante du premier plan, les ébats d’un couple. Dans l’un des tableaux, une scène de fellation, et dans l’autre, une étreinte. Film sur la vie d’un gogo-boy parisien, l’histoire oscille entre documentaire et fiction : la réalité crue du garçon qui se prostitue dans sa chambre et cette scène surréaliste, quasi bucolique, où le sexe n’est plus marchandise mais un moment d’amour et de tendresse.
De l’autre côté du mur, le cygne semble s’être transformé. Le lac est le même mais le sujet a perdu son beau plumage pour se révéler, nu, lascif. La courbe n’est plus celle de son long cou mais celle de ses hanches. Il attend au bord de l’eau, comme l’image mille fois représentée d’une nymphe en son lac. La métamorphose n’est plus un acte de tromperie pour se dissimuler mais une révélation, à soi, à l’autre. Autoportrait de l’artiste à Donauinsel, il se confronte à un mur composé de croquis, gravures et autres dessins qui entourent la peinture d’un lit défait. La composition rappelle ici celle d’icônes qui ornent les chambres d’adolescents, punaisant des figures inspirantes, fantasmées, reflet innocent de leur construction identitaire. Nous pénétrons dans l’intimité de l’artiste, visualisons des images qui le façonnent. Pierre Dumaire explique que l’appréhension de soi, de son homosexualité, est passée par la découverte de la pornographie dans les années 2000. Sur ce mur, des dessins préparatoires de ses toiles, ses premiers autoportraits sur des lieux de cruising réalisés pour l’exposition, le faune.
Le papier peint en fond imite le motif de celui que l’on retrouve dans les films pornographiques que l’artiste visionne et dans lesquels il puise son inspiration. Ici, le décor d’un souvenir familial devient animal, et la nature sauvage, temple de l’intime. Le lieu de cruising n’est plus seulement un lieu de chasse où les hommes se toisent et se mesurent, mais devient aussi un espace d’épanouissement. La dualité entre les espaces se floute : derrière les fleurs des emballages de préservatif, les pistils se transforment en anus. Rosebud.
Enfin, œuvres récurrentes dans le travail de Pierre Dumaire, les polyptiques combinant peinture sur tissu et sérigraphie viennent souligner la dualité qui anime l’exposition. Les scènes tirées du film L’Homme blessé (1983) de Patrice Chéreau montrent le protagoniste acculé dans une chambre, le visage – encadré, là encore, d’un papier peint fleuri – apeuré, tel une proie face à son destin. Le plan est serré, ne laissant place qu’à une inquiétude palpable et aux motifs d’un intérieur domestique dévoyé. Le joli papier peint devient toile de fond d’une scène sauvage, d’une relation sexuelle crue et immorale en ce cadre et à cette époque.
La douceur et la violence se toisent, l’interdit et le permis s’entremêlent, l’homme et l’animal ne font plus qu’un ; une nouvelle fois, la figure du faune nous observe. Tout comme chez Mallarmé(4), nous sommes invités dans un univers où la dualité est reine, où la métamorphose est inévitable et où rêve et réalité se dissolvent l’un dans l’autre.”
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(1) L’Après-midi d’un faune, chorégraphie de Vaslav Nijinski (créée en 1912 pour les Ballets russes, musique de Claude Debussy, d’après le poème de Stéphane Mallarmé), reprise par Rudolf Noureev pour le Royal Ballet, Londres, 1967
(2) Lieu de cruising à Vienne, Autriche
(3) Hans Christian Andersen, Légendes et Contes – Contes d’Andersen, trad. Anne-Mathilde Paraf, illustré par Jiří Trnka, Paris, Éditions Gründ, 1991, p. 140-153
(4) Stéphane Mallarmé, L’Après-midi d’un faune. Églogue, Paris, Alphonse Derenne, 1876
Texte d’exposition par | Kévin Le Squer
Formé aux Beaux-Arts de Paris, à l’Akademie der Bildenden Künste de Vienne et à l’École Duperré, Pierre Dumaire développe une pratique picturale qui explore des espaces ambigus, traversés par des récits latents et une tension entre visibilité et dissimulation. Nourri d’une iconographie issue de la culture visuelle gay, son travail se caractérise par l’usage de la peinture sur soie, de la sérigraphie et de la gravure, conférant aux œuvres une tonalité mélancolique et expressive. Plus d’infos
Historien de l’art spécialisé en art contemporain, Kévin Le Squer est responsable des expositions et commissaire hors-les-murs à la Fondation Carmignac. Il participe au développement des expositions et des éditions de la Villa Carmignac depuis 2019 et a été commissaire associé de l’exposition “The Infinite Woman” en 2024, aux côtés d’Alona Pardo. Depuis 2022, il est commissaire d’une programmation parallèle pour la Fondation, composée d’invitations artistiques pour des project spaces ou des performances. Il a précédemment travaillé à la conception de l’exposition “Olafur Eliasson, Objets définis par l’activité” pour le centre d’art Espace Muraille en Suisse (2018) et a été chargé de la programmation culturelle du Musée d’Art moderne de Paris (2016-2017).